Bonjour,
Etant du milieu, quelques clefs de compréhension:
Il faut se rappeler que le certificat de sous-marinier qui donne droit à l'insigne de poitrine correspondante (Certificat élémentaire, et certificat supérieur après 3000h de plongée), n'est pas une
décoration qui est remise au militaire, ou simplement concédée selon le nombre de jours de mer comme l'insigne de surfacier mais bien un ...
certificat, qui sanctionne un travail personnel important (à bord pour l'élémentaire, à l'école de navigation sous-marine pour le supérieur) qui permet à chaque sous-marinier de connaître le fonctionnement du bateau. Rien à voir avec une décoration, donc la future "médaille du sous-marinier", si elle apparait un jour, n'est pas un doublon.
Quant à "concurrencer" l'insigne de surfacier, il faut remettre les choses à leur place: cette dernière est très récente, et semble plus au contraire issue d'une volonté de gommer la spécificité des sous-marinier, qui portent leur insigne depuis très longtemps (et c'est très agaçant). On peut dire aujourd'hui que chacun a son insigne spécifique sur le côté gauche de la poitrine, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes...
Mais 2 constats:
- après 3000 heures de plongée, quelles autres marques de valorisation? Quand on voit certains compteurs à 10000h, 20000h... Aucune. On pourra rétorquer que les sous-mariniers ont des primes spécifiques qui compensent leurs inconvénients spécifiques. Certes. De même que les surfaciers par exemple ont des primes de mission que n'ont pas les sous-mariniers. J'en arrive au second point:
- quelle différence visible entre un "vieux" surfacier et un "vieux" sous-marinier? Le placard de médaille d'un côté et le vide abyssal de l'autre. Comparez les ALFOST/ALFAN, c'est édifiant. Les rares à en bénéficier sont les SNA qui accompagnent la Force d'action navale. Pour cette dernière, chaque mission pratiquement donne lieu à une médaille. Pour les SNA, leurs missions spécifiques ne peuvent, en raison de leur nature discrète, aboutir au mêmes distributions de fer blanc. Quant aux vieux routards des SNLE qui ont passés des milliers d'heure à assurer la force de frappe ultime de la France, je n'en parle même pas.
Personnellement, ma carrière aux sous-marins est derrière moi, et j'en part quand même avec la commémo "Afghanistan", ceci pour l'excorte du PAN en mission Héraclès. Pourtant, nous avons eu des activités bien différentes qui méritaient autant. Car l'Afghanistan, du fond de notre sous-marin... on n'en a pas vu grand-chose. On a vu d'autres choses...
Mais c'est surtout quand je croise ces marins de SNLE à 20000h de plongée que je soutiens cette initiative, par solidarité. Les primes ne remplacent ni ne compensent pas tout. Arrivé à ce niveau d'engagement, je dis chapeau; une petite breloque, à ceux qui en portent si peu et qui ont donnés autant de temps à la Marine (et d'autant moins à leurs familles - totalement coupés du monde), ce n'est pas cher payé. Et on voit bien qu'aujourd'hui, cet isolement est de plus en plus dur à accepter par les générations successives, même avec les primes et annuités.
Enfin pour la petite histoire, cette demande du Ministre s'est faite suite à son passage à bord d'un SNLE très récemment, ou il a eu le loisir de s'entretenir avec l'équipage (au sein duquel se trouvait votre serviteur

). Cette histoire de médaille du sous-marinier date de plusieurs années, mais bien au fond d'un placard car la valorisation du personnel est une idée assez novatrice chez les sous-mariniers. M. Morin s'est étonné de cette "sédimentation" et a promis de jeter un coup d'oeil là-dessus. Il a tenu parole, il semble.
En espérant vous avoir éclairci le pourquoi du comment...
